Photobiomodulation cérébrale et covid long

Photobiomodulation transcrânienne et COVID long

La lumière infrarouge au secours du brouillard cérébral et autres symptômes liés au covid long

 

Des millions de personnes souffrent encore, des mois voire des années après leur infection au SARS-CoV-2, de symptômes persistants difficiles à traiter. Parmi eux, le « brouillard cérébral » — cet état de confusion mentale, de fatigue cognitive et de perte de concentration — figure en tête des plaintes. Un appareil que nous utilisons pour aider des patients dans notre cabinet vient de faire l’objet d’une étude étude publiée début 2026 dans la revue The Lancet (eClinicalMedicine) qui apporte une première réponse thérapeutique prometteuse : la photobiomodulation transcrânienne et intranasale.

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Qu’est-ce que le COVID long et le brouillard cérébral ?

Le COVID long, ou syndrome post-COVID, désigne l’ensemble des symptômes qui persistent au-delà de quatre semaines après l’infection aiguë, et parfois bien plus longtemps. Fatigue intense, douleurs musculaires, maux de tête, difficultés respiratoires, troubles du sommeil… la liste est longue. Mais l’un des symptômes les plus invalidants reste le dysfonctionnement cognitif, communément appelé brouillard cérébral.

Ce brouillard cérébral se manifeste concrètement par des difficultés à se concentrer, à mémoriser des informations, à trouver ses mots ou à accomplir des tâches qui semblaient pourtant anodines avant l’infection. Selon les données compilées dans l’étude du Lancet, jusqu’à 88 % des patients atteints de COVID long rapportent ce type de troubles cognitifs. Ce chiffre traduit une réalité quotidienne très lourde : impossibilité de reprendre le travail, difficultés à gérer sa vie familiale, sentiment de ne plus se reconnaître mentalement.

À ce jour, aucun traitement médicamenteux n’a prouvé son efficacité spécifiquement contre ce symptôme. D’où l’intérêt de la photobiomodulation transcânienne.

📌 À retenir : Le brouillard cérébral post-COVID touche une très large majorité des personnes souffrant de COVID long, avec un impact direct sur leur capacité à travailler et à fonctionner au quotidien. Aucun traitement conventionnel n’a encore démontré son efficacité contre ce symptôme spécifique.

La photobiomodulation : de la lumière pour aider le cerveau ?

Un principe simple, des mécanismes complexes

La photobiomodulation (PBM) repose sur l’utilisation de lumière à des longueurs d’onde précises — principalement dans le spectre proche infrarouge — pour stimuler les cellules de l’organisme. Le principe peut paraître surprenant : comment de la lumière peut-elle agir sur le cerveau ?

La réponse se trouve au niveau des mitochondries, ces petites structures présentes dans chacune de nos cellules et souvent surnommées « les centrales énergétiques de la cellule ». La lumière proche infrarouge est absorbée par une enzyme clé de la chaîne respiratoire mitochondriale, le cytochrome c oxydase. Cette absorption déclenche une série de réactions biochimiques : augmentation de la production d’ATP (la molécule d’énergie cellulaire), réduction du stress oxydatif, et modulation de l’inflammation.

Dans le contexte du COVID long, ces effets sont particulièrement pertinents. En effet, les recherches ont montré que l’infection au SARS-CoV-2 provoque des dommages mitochondriaux durables, une neuroinflammation chronique et une altération de la barrière hémato-encéphalique. Autant de mécanismes qui expliquent pourquoi le cerveau « ne fonctionne plus aussi bien ».

Une double action : transcrânienne et intranasale

Le dispositif utilisé dans l’étude du Lancet, le Vielight Neuro, combine deux modes d’application complémentaires. D’une part, une action transcrânienne : des diodes émettant de la lumière proche infrarouge sont positionnées sur le crâne et pénètrent les tissus pour atteindre les zones corticales du cerveau. D’autre part, une application intranasale : une sonde placée dans la narine permet à la lumière d’accéder au cerveau par une voie directe, via les vaisseaux sanguins et les structures nerveuses proches de la cavité nasale.

Cette combinaison permet de cibler des régions cérébrales précises, notamment le réseau du mode par défaut (Default Mode Network, DMN), un réseau neuronal impliqué dans la pensée, la mémoire et l’attention. Les études d’imagerie cérébrale ont montré que ce réseau est fréquemment perturbé chez les patients souffrant de COVID long.

La lumière est émise à une fréquence de 40 Hz, correspondant aux ondes cérébrales dites « gamma », associées aux fonctions cognitives supérieures. Ce choix n’est pas anodin : des recherches antérieures sur des modèles animaux ont montré que la stimulation gamma pouvait avoir des effets neuroprotecteurs importants.

💡 En pratique : Le protocole comprend une utilisation, sans supervision médicale, pendant 20 minutes par jour. Il ne génère aucune douleur ni sensation désagréable.

Ce que dit l’étude publiée dans The Lancet sur la photobiomodulation et covid long

Un essai clinique rigoureux

L’étude parue dans The Lancet (eClinicalMedicine) en janvier 2026 est ce qu’on appelle un essai randomisé en double aveugle contrôlé par placebo. Ce type d’essai est considéré comme le gold standard de la recherche médicale : ni les participants, ni les chercheurs ne savent qui reçoit le traitement actif ou un dispositif placebo (identique en apparence mais non fonctionnel). Ce protocole rigoureux permet d’éliminer les biais et de garantir que les résultats observés sont bien liés au traitement.

L’étude a inclus 43 adultes souffrant de dysfonctionnement cognitif lié au COVID long. Les participants ont été répartis en deux groupes : traitement actif et traitement simulé. Ils ont utilisé le dispositif quotidiennement pendant 8 semaines, et leurs performances cognitives ont été évaluées à l’aide de la batterie Creyos, un outil validé scientifiquement.

Des résultats encourageants, surtout chez les moins de 45 ans

Les résultats montrent une amélioration statistiquement significative des performances cognitives globales dans le groupe ayant reçu le traitement actif, comparé au groupe placebo. Cette amélioration est particulièrement marquée et significative chez les participants de moins de 45 ans.

Les domaines les plus améliorés sont l’attention et la concentration — précisément ceux qui sont les plus touchés par le brouillard cérébral. La capacité à rester concentré, à filtrer les distractions, à maintenir un effort mental prolongé : autant de fonctions essentielles dans la vie professionnelle et personnelle.

Pourquoi cette différence selon l’âge ? Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses. Le cerveau des personnes plus jeunes possède une plasticité neuronale supérieure — c’est-à-dire une plus grande capacité à se réorganiser, à former de nouvelles connexions synaptiques. Cette plasticité faciliterait la réponse à la stimulation lumineuse. Les mécanismes de réparation cellulaire et la capacité mitochondriale de base sont également généralement meilleurs chez les sujets plus jeunes.

Une sécurité confirmée

Un point crucial dans l’évaluation de tout traitement : la sécurité. L’étude rapporte l’absence totale d’effets secondaires graves. La photobiomodulation transcrânienne et intranasale s’est révélée parfaitement bien tolérée par tous les participants. Ce profil de sécurité est un avantage majeur, en particulier pour des patients qui souffrent déjà d’une condition épuisante et qui ne peuvent pas se permettre d’effets indésirables supplémentaires.

🔬 Chiffres clés de l’étude : 43 participants • 8 semaines de traitement • 20 minutes par jour • Amélioration significative de l’attention chez les moins de 45 ans • Aucun effet secondaire grave • Essai randomisé en double aveugle publié dans The Lancet (janvier 2026)

Pourquoi cette approche est-elle prometteuse pour les patients COVID long ?

Répondre à un vide thérapeutique réel

Le premier intérêt de cette approche est tout simplement qu’il n’en existe pas d’autre. Face au brouillard cérébral post-COVID, les médecins se retrouvent souvent démunis. Les médicaments cognitifs existants n’ont pas été conçus pour ce type de trouble, et les thérapies de rééducation cognitive, bien qu’utiles, sont longues, coûteuses et peu accessibles.

La photobiomodulation offre une voie complémentaire non invasive, utilisable à domicile, sans ordonnance (sous réserve d’encadrement médical approprié), et dont le profil de sécurité est désormais bien documenté. Pour des patients souvent épuisés et découragés après des mois de errance thérapeutique, cette perspective est significative.

Une approche qui traite les causes, pas seulement les symptômes

Ce qui rend la photobiomodulation particulièrement intéressante d’un point de vue mécanistique, c’est qu’elle ne se contente pas d’atténuer les symptômes : elle agit sur les mécanismes biologiques sous-jacents du brouillard cérébral post-COVID.

En stimulant la fonction mitochondriale, elle s’attaque directement au déficit énergétique neuronal. En réduisant la neuroinflammation, elle lutte contre l’activation chronique des cellules immunitaires cérébrales (cellules microgliales) qui perturbent la transmission synaptique. En modulant la connectivité du réseau du mode par défaut, elle cherche à restaurer une organisation cérébrale normale.

Cette cohérence entre les mécanismes d’action documentés et la physiopathologie du COVID long explique l’enthousiasme scientifique autour de cette piste thérapeutique.

Des perspectives au-delà du COVID long

Il convient également de noter que les mécanismes impliqués dans le brouillard cérébral post-COVID — neuroinflammation, dysfonction mitochondriale, altération de la connectivité cérébrale — ne sont pas propres à cette condition. On les retrouve également dans d’autres pathologies : séquelles de traumatismes crâniens, certaines formes de démences, et d’autres syndromes post-infectieux. La photobiomodulation transcrânienne fait donc l’objet d’un intérêt croissant dans ces domaines également.

Ce qu’il faut garder en tête sur la photobiomodulation et le covid long

Une étude pilote, des résultats à confirmer

Aussi encourageants que soient ces résultats, il est important de les contextualiser. Il s’agit d’une étude pilote, c’est-à-dire une première investigation exploratoire. La taille de l’échantillon (43 participants) est modeste. La durée de suivi (8 semaines) ne permet pas d’évaluer les effets à long terme ni de savoir si les améliorations persistent après l’arrêt du traitement. Des études de plus grande envergure, avec des cohortes plus larges et des suivis plus longs, sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

Par ailleurs, le COVID long est une condition très hétérogène : tous les patients ne présentent pas les mêmes symptômes, avec la même sévérité, depuis la même durée. Les futurs travaux devront mieux définir quels profils de patients répondent le mieux à ce type de traitement.

Un dispositif qui ne remplace pas le suivi médical

La photobiomodulation transcrânienne, bien que non invasive et bien tolérée, reste un dispositif dont utilisation optimale s’inscrit idéalement dans un cadre de suivi médical, pour s’assurer de la pertinence de l’indication et du protocole adapté à chaque patient. Elle ne remplace en aucun cas un suivi médical global pour le COVID long, mais peut s’inscrire comme un outil complémentaire dans une prise en charge pluridisciplinaire.

⚠️ Information importante : Cet article est rédigé à titre informatif, sur la base d’une étude scientifique publiée. Il ne constitue pas un avis médical ni une recommandation thérapeutique. Consultez votre médecin avant d’envisager tout dispositif de photobiomodulation.

Conclusion : une lueur d’espoir pour les patients

Le brouillard cérébral lié au COVID long est l’un des défis médicaux les plus pressants de notre époque. Il touche des millions de personnes en pleine vie active, souvent sans réponse thérapeutique satisfaisante. Dans ce contexte, la publication d’une étude rigoureuse dans The Lancet montrant les bénéfices cognitifs de la photobiomodulation transcrânienne et intranasale représente une avancée réelle.

Pour la première fois, un essai randomisé en double aveugle apporte des preuves contrôlées que cette approche non invasive, utilisable à domicile, peut améliorer les fonctions cognitives — et notamment l’attention — chez des patients souffrant de brouillard cérébral post-COVID, particulièrement chez les moins de 45 ans.

La route est encore longue avant que la photobiomodulation transcrânienne ne s’impose comme un traitement standard du COVID long. Mais les fondements scientifiques sont solides, le profil de sécurité est rassurant, et les premiers résultats sont encourageants. Pour les millions de patients en attente de solutions, cette lumière dans le tunnel mérite toute l’attention de la communauté médicale.

Référence :

Lew Lim ∙ Nazanin Hosseinkhah ∙ Mark Van Buskirk ∙ Kevin Oei ∙ Andrea Berk ∙ Abhiram Pushparaj ∙ Janine Liburd ∙ Zara Abbaspour ∙ Jonathan Rubine ∙ David Jackson ∙ Reza Zomorrodi, Photobiomodulation for cognitive dysfunction (Brain Fog) in post-COVID-19 condition: a randomized double-blind sham-controlled pilot trial. eClinicalMedicine (Lancet), Online first103730January 13, 2026

Lire le résumé de l’étude en français en cliquant ici