Dans un article récent, je parlais du traumatisme cânien léger, commotion cérébrale et dysautonomie. Ici je voudrais parler d’une clé méconnue dans la prise en charge des traumatismes crâniens : la colonne cervicale !
La colonne cervicale, négligée et pourtant essentielle dans le traumatisme crânien
Lorsqu’on parle de commotion cérébrale ou de traumatisme crânien, l’attention se porte naturellement sur le cerveau. Pourtant, l’un des éléments les plus importants — et le plus souvent négligé — de ce puzzle complexe est la colonne cervicale supérieure (C0-C3). Les recherches récentes bouleversent notre compréhension : les blessures cervicales et les commotions partagent des symptômes presque identiques, et il est impossible de les différencier uniquement par les symptômes.
Pourquoi le cou Compte autant que le cerveau dans une commotion ?
Des symptômes presque identiques
Une revue majeure publiée dans le Journal of Athletic Training a révélé des faits surprenants qui changent notre approche des commotions :
- Les commotions cérébrales et les blessures cervicales produisent des symptômes identiques
- On ne peut pas séparer le cou du cerveau lors de l’évaluation des étourdissements, maux de tête, problèmes d’équilibre ou troubles visuels
- Les dysfonctions cervicales peuvent CAUSER ou AGGRAVER les symptômes ressemblant à une commotion
Cette découverte explique pourquoi tant de personnes souffrent pendant des mois, voire des années, de symptômes persistants qui ne s’améliorent pas avec les traitements traditionnels de commotion.
Les symptômes communs aux deux conditions
Les patients présentant une atteinte cervicale ou une commotion peuvent expérimenter :
- Étourdissements persistants
- Pression ou maux de tête
- Vision floue
- Douleur et raideur au cou (cervicalgie)
- Brouillard cognitif
- Problèmes d’équilibre
- Sensibilité au mouvement
- Fatigue chronique
- Difficulté à lire, faire défiler l’écran ou tourner la tête
- Sensation de « ne pas être soi-même »
La différence cruciale ? Ces symptômes ne proviennent pas toujours uniquement du cerveau. Ils résultent souvent d’une perturbation des informations sensorielles cervicales qui alimentent le tronc cérébral, le cervelet et le système vestibulaire avec des données erronées.
Comment le cou communique avec le cerveau
Un réseau sensitif dense et vital
La colonne cervicale supérieure contient un réseau extrêmement dense de fuseaux musculaires, récepteurs articulaires et mécanorécepteurs qui envoient continuellement des informations sensorielles vers :
- Le tronc cérébral
- Le cervelet
- Les noyaux vestibulaires
- Le thalamus
- Le cortex somatosensoriel
Ces informations cervicales sont essentielles pour :
- Les mouvements oculaires (saccades, poursuites, réflexe vestibulo-oculaire)
- La posture et l’équilibre
- La stabilisation du regard
- La coordination tête-corps
- La conscience spatiale
- La modulation de la douleur cervicale et faciale (via les interactions trigéminales)
Qu’est-ce qui se passe quand les signaux cervicaux se détraquent ?
Après un coup du lapin, une commotion, une chute, une blessure sportive ou une tension prolongée, ces signaux cervicaux deviennent anormaux. Le cerveau reçoit alors des informations sensitifs conflictuelles.
Ce décalage entre les informations visuelles, vestibulaires et cervicales peut produire :
- Étourdissement
- Sensibilité au mouvement visuel
- Brouillard mental
- Symptômes ressemblant à l’anxiété
- Maux de tête d’origine cervicale (cervicogéniques)
- Instabilité posturale
- Difficulté avec la lecture ou les écrans
Ce n’est PAS « dans votre tête ». C’est un problème neurophysiologique réel avec des voies mesurables.
Ce que dit la recherche scientifique ?
Une étude Révolutionnaire
La revue « Cervical Injury Assessments for Concussion Evaluation » publiée dans le Journal of Athletic Training note clairement que :
1. Les symptômes seuls ne suffisent pas à distinguer une commotion cérébrale d’une blessure cervicale
2. Les patients souffrant du syndrome post-commotionnel (SPC) avec douleur au cou se sont considérablement améliorés lorsque la rééducation cervicale a été ajoutée
3. Le traitement combiné vestibulaire + cervical a augmenté le succès du retour au normal de près de 4 fois
4. La dysfonction cervicale contribue directement aux étourdissements, maux de tête, instabilité visuelle et plaintes cognitives
Une Découverte Cruciale
La recherche démontre qu’une dysfonction cervicale peut ressembler EXACTEMENT à une commotion — même sans impact direct à la tête. Cela signifie que de nombreux cas diagnostiqués comme « commotions persistantes » pourraient en réalité impliquer une composante cervicale significative non traitée.
Comment le cou influence votre équilibre et votre vision ?
Le cou : Un centre d’information pour le cerveau
Votre cou envoie constamment des informations à votre cerveau sur :
- La position de votre tête
- Les mouvements que vous faites
- Votre équilibre
Ces informations se mélangent avec ce que vos yeux voient et ce que vos oreilles internes (système d’équilibre) ressentent. Quand tout fonctionne bien, vous pouvez bouger normalement sans étourdissements.

Que se passe-t-il quand les informations venant des cervicales sont erronées ?
Quand votre cou est blessé, il envoie de mauvaises informations au cerveau. C’est comme si trois personnes vous donnaient des directions différentes en même temps :
- Vos yeux disent une chose
- Vos oreilles internes disent autre chose
- Votre cou dit encore autre chose
Résultat : vous vous sentez étourdi, déséquilibré, et votre vision peut être trouble.
Les réflexes automatiques perturbés
Votre corps a des réflexes automatiques qui utilisent les informations du cou :
Pour garder la tête stable : Normalement, quand vous bougez, votre cou et votre système d’équilibre travaillent ensemble pour que votre tête reste droite. Si le cou est touché, ce système ne fonctionne plus bien.
Pour garder les yeux stables : Quand vous tournez la tête, vos yeux bougent automatiquement dans la direction opposée pour rester fixés sur ce que vous regardez. Si le cou envoie de mauvaises informations, vos yeux ont du mal à rester stables.
Pour garder l’équilibre : Les informations de votre cou aident vos muscles à s’ajuster automatiquement pour maintenir votre équilibre. Une blessure cervicale perturbe cet ajustement.
Les symptômes cervicogéniques expliqués
Maux de Tête Cervicogéniques
La plupart des symptômes cervicogéniques ont été attribués à des troubles de la colonne cervicale supérieure (C1-C3). Les afférences somatosensorielles anormales provenant des fuseaux musculaires, des récepteurs articulaires et de la douleur, ou des racines nerveuses de la colonne cervicale contribuent aux maux de tête cervicogéniques.
La convergence des afférences cervicales C1-C3 avec les afférences sensorielles trigéminales de la tête et du visage dans les noyaux trigéminaux conduit à une douleur hémicranienne référée associée aux maux de tête cervicogéniques.
Étourdissements cervicogéniques
Les informations somatosensorielles cervicales aberrantes peuvent directement affecter les réflexes cervicaux. Les entrées cervicales directes vers les noyaux vestibulaires et les collicules supérieurs peuvent altérer les réflexes vestibulaires et les réponses oculaires lorsque des informations cervicales anormales ne correspondent pas aux informations vestibulaires et visuelles normales.
Le décalage d’information sensorielle est pensé contribuer aux symptômes d’étourdissements, de désorientation et de troubles de l’équilibre associés aux étourdissements cervicogéniques.
Quelles solutions pour une commotion cérébrale et traumatisme crânien ?
L’Approche combinée : Le meilleur des deux mondes
Les recherches de Schneider et al. ont démontré que les patients souffrant à la fois de commotion et de problèmes cervicaux qui ont reçu un traitement combiné vestibulaire et cervical étaient 3,91 fois plus susceptibles de retourner à une vie normale en moins de 8 semaines.
L’approche Cerebro-Stim
Le protocole proposé comprend un examen clinique, neurologique et vestibulaire et des soins comprenant :
- Manipulations cervicales
- Neuromodulation
- Photobiomodulation transcrânienne
- Thérapie vestibulaire
- Entraînement oculomoteur
- Entraînement à l’équilibre
- Retour progressif à l’exercice
- Manœuvres vestibulaires
- Entraînement proprioceptif cervical
Qui bénéficie de cette approche intégrée ?
Notre approche combinée aide régulièrement les patients souffrant de :
- Coup du lapin
- Commotion sportive
- Accidents de voiture
- Maux de tête chroniques
- Syndrome post-commotionnel
- Étourdissements sans cause claire
- Douleur au cou + fatigue oculaire
- Sensation de déséquilibre
- Étourdissements post-COVID avec implication cervicale
- Symptômes déclenchés par les écrans et la lecture
Le problème des « scans normaux »
Si on vous a dit que « vos scans sont normaux » mais que vous vous sentez toujours mal, c’est EXACTEMENT le type de dysfonction que l’imagerie traditionnelle ne peut pas détecter. Les problèmes proprioceptifs et sensoriels cervicaux ne se voient pas sur une IRM ou un scanner.
Conseils pratiques pour les patients souffrant de traumatisme crânien léger / commotion cérébrale
Quand suspecter une composante cervicale ?
Considérez une évaluation cervicale si vous présentez :
- Symptômes persistants après une commotion malgré un repos adéquat
- Douleur ou raideur au cou accompagnant vos symptômes
- Symptômes aggravés par les mouvements du cou
- Maux de tête qui commencent à la base du crâne
- Étourdissements avec les mouvements de tête
- Difficulté à maintenir l’équilibre avec les mouvements du cou
- Symptômes déclenchés par des positions prolongées du cou (ordinateur, lecture)
Conclusion : repenser l’évaluation des commotions
L’intégration de l’évaluation cervicale dans le protocole standard de commotion représente un changement de paradigme essentiel. Les preuves scientifiques sont claires : on ne peut pas séparer le cerveau du cou lors de l’évaluation des symptômes post-traumatiques.
La colonne cervicale n’est plus la « clé méconnue » — elle doit devenir un élément central de toute évaluation complète de commotion et de syndrome post-commotionnel.
Références :
Cheever K, Kawata K, Tierney R, Galgon A. Cervical Injury Assessments for Concussion Evaluation: A Review. J Athl Train. 2016 Dec;51(12):1037-1044.
Schneider KJ, Meeuwisse WH, Nettel-Aguirre A, Barlow K, Boyd L, Kang J, Emery CA. Cervicovestibular rehabilitation in sport-related concussion: a randomised controlled trial. Br J Sports Med. 2014 Sep;48(17):1294-8.
Marshall CM, Vernon H, Leddy JJ, Baldwin BA. The role of the cervical spine in post-concussion syndrome. Phys Sportsmed. 2015 Jul;43(3):274-84.